Article Portable en Pause var matin 5 novembre 2025
Au cours de l’année scolaire 2024-2025, plus de 32 000 collégiens ont expérimenté la mise à l’écart du téléphone portable, à travers des dispositifs variés choisis localement. Pourtant, l’article L.511-5 du code de l’éducation, posait déjà en 2018 le principe de l’interdiction de l’utilisation des téléphones portables et de tout autre équipement terminal de communications électroniques à l’école et au collège.
Mais dans les faits, la réalité est toute autre. Lorsqu’on discute avec des collégiens à la sortie des classes, ces derniers font part de leurs ruses et astuces pour contourner les règles. Devant le collège Peiresc, à Toulon, quelques écoliers lâchent le morceau : « Je dis que je n’ai pas mon téléphone, mais je le cache. Je l’allume discrètement pendant la récré », glisse un petit blondinet, devant le regard amusé de ses camarades. Fanfaronnade ou réalité ? Quoi qu’il en soit, le dispositif « Portable en pause » entend supprimer ce genre de comportement.
Un procédé qui va être progressivement généralisé
Comme l’avait annoncé Élisabeth Borne en avril, le procédé sera progressivement généralisé à l’ensemble des collèges publics du territoire avant la fin de l’année civile 2025. Ce qui pousse les chefs d’établissements à faire preuve d’imagination pour étendre cette lutte.
Dans le Var, certains établissements ont pris de l’avance depuis plusieurs années, à l’image du collège Marie-Curie à La Seyne-sur-Mer, qui affichait déjà en 2012 un panneau à l’entrée indiquant : « Interdit d’utiliser le téléphone portable. » Une interdiction qui figure dans le règlement intérieur du collège depuis… 2006.
Mais à l’ère du digital, dans une société où, dès l’enfance, les outils numériques font partie intégrante du quotidien, la tâche n’est pas simple. Voire de plus en plus compliquée.
Des pochettes et des contrats de confiance
Depuis le 6 janvier, les élèves du collège Romain Blache à Saint-Cyr-sur-Mer ont signé un « contrat de sincérité » et expérimentent l’école « sans portable ». Les règles sont simples : il faut ranger son téléphone, éteint, dans la pochette plastique distribuée à cet effet et le placer dans son sac. Cette expérimentation, conçue pour être un maillon dans la lutte contre le cyberharcèlement, vise également « à améliorer le climat scolaire, à encourager les interactions entre élèves, et à favoriser le bien-être mental », selon la direction.
D’autres établissements varois ont suivi le mouvement. Au collège Frédéric-Mistral, à Bormes-les-Mimosas, la principale Hélène Pouliquen précise que « le collège Romain-Blache, sous l’égide du principal Frédéric Lassarre, est le premier à avoir mis en place des outils novateurs ». Elle s’en est donc inspirée et a adapté la méthode à son collège, pour contrer l’utilisation des portables, tablettes ou montres connectées. « Le principe du contrat de sincérité et de responsabilisation passé entre les élèves et le corps enseignant m’a vraiment séduit. Ce dernier, qui est également signé par les parents, vise à rendre les heures de cours précieuses. »
« Il s’agit de protéger la sphère scolaire »
Le principe est simple : une pochette en plastique est distribuée à chaque élève. En signant le contrat de sincérité, il s’engage à déposer son téléphone ou tout autre objet connecté éteint à, puis à ranger celle-ci dans son sac.
Le but : éloigner physiquement les téléphones des élèves, sans rajouter une charge mentale supplémentaire aux enseignants. « Il s’agit de protéger la sphère scolaire. Toutefois, ce n’est pas à nous de garder et gérer les téléphones, ce n’est pas notre corps de métier. D’où l’utilisation de pochettes », précise la principale du collège Frédéric-Mistral.
« Le contrôle est tout de même nécessaire »
Toujours selon elle, « l’immense majorité des élèves respecte les règles », tout en précisant que « le contrôle est tout de même nécessaire ». Le matin, des vérifications sont effectuées à l’entrée de l’établissement pour s’assurer que la pochette est bien fermée, avec le téléphone éteint à l’intérieur.
Mais la confiance a ses limites, surtout à cet âge-là. « Pour ceux qui dévient, le premier degré de sanction est caractérisé par l’utilisation d’une pochette magnétisée. Nous en avons une vingtaine. Elles sont verrouillées magnétiquement, isolées des ondes, et ne se déverrouillent que lorsque l’enfant quitte le collège. » De quoi garantir un environnement propice à l’apprentissage et à la concentration.
Après près d’un mois de test, place au bilan, qui se révèle positif : un seul petit rebelle du collège de Bormes-les-Mimosas a été surpris en train de téléphoner dans les toilettes. Ce qui lui a valu un jour d’exclusion, et certainement un accueil peu chaleureux de ses parents de retour à la maison.
« Dans le Var, nous sommes bien avancés »
Au collège, l’heure est à l’engagement : une véritable bataille est livrée contre l’usage du téléphone portable, devenu un enjeu majeur pour le bon déroulement des apprentissages et la vie en communauté. Mathieu Sieye, le directeur académique des services de l’Éducation nationale dans le Var, assure que « tous les lycées du département sont mobilisés ».
Comment s’organise le dispositif « Portable en pause » dans le Var ?
Nous sommes bien avancés. Les 71 collèges varois sont mobilisés pour faire appliquer le tex- te existant depuis 2018. Nous avions anticipé avant la rentrée de septembre, plusieurs expérimentations ont déjà eu lieu l’an dernier au sein des établissements. Il s’agit de trouver le bon équilibre. Je fais confiance aux chefs d’établissements, les équipes sont pleinement investies autour de ce dispositif. Je ne suis pas inquiet pour la suite, au contraire : ce que j’ai pu constater depuis la rentrée en visitant divers collèges varois me fait dire que les effets se voient très rapidement. La balle est dans le camp de l’Éducation nationale.
Le texte existe depuis 2018, cependant il n’a pas vraiment porté ses fruits depuis… Comment l’expliquer ?
Nous avons peut-être été happés par d’autres sujets entre-temps. Ce qui nécessite une remobilisation, ainsi qu’une vigilance qui doit s’inscrire dans la durée. Je pense aussi que la période Covid a remis encore plus au goût du jour l’utilisation des réseaux sociaux. Nous sommes dans une société très connectée dans laquelle le téléphone portable représente un objet du quotidien, tant pour les adultes que pour les jeunes. La société évolue. Avant, on faisait la guerre contre la cigarette dans les établissements scolaires, maintenant c’est le portable. Mais il ne faut rien lâcher. Ce n’est qu’une question de mobilisation et de volonté.
La mobilisation serait donc, cette fois-ci, plus importante que les années précédentes ?
Au début, nous étions un peu seuls à alerter sur la problématique de l’usage des téléphones portables au sein des collèges. Aujourd’hui, le corps enseignant est rejoint par le corps médical, qui alerte sur les répercussions sur la santé et le comportement des élèves. Toutes les opinions convergent pour affirmer qu’il est de notre devoir à tous de contrôler cela.
Quid des sanctions en cas de non-respect par les élèves de cette interdiction ?
Chaque établissement décide des sanctions qu’il souhaite mettre en place. Mais il ne faut pas oublier que le rôle de l’école est aussi d’apprendre à faire confiance, et de protéger. Et on remarque que ça marche bien, au regard du respect des règles de la part des élèves qui ont signé le « contrat de sincérité », comme aux collèges Romain-Blache et Frédéric-Mistral, à Saint-Cyr-sur-Mer et Bormes-les-Mimosas. Il s’agit de leur apprendre à devenir raisonnables. Cela dit, la sanction peut s’avérer bénéfique.
